L'une des plus importantes sociétés d'initiation des Bamana est la société Chiwara, à laquelle hommes et femmes peuvent appartenir. Cette société commémore un être mythique, Chi Wara, né de l'union de la vieille mère terre, Mousso Koroni, et d'un serpent. Il est donc en partie homme, en partie antilope, et en partie fourmilier ; c'est lui qui apprit aux Bamana à cultiver le sol. Il fait des hommes d'habiles fermiers, et leur enseigne les relations fondamentales entre le soleil et la terre qui porte d'abondantes cultures.
Ces cimiers sont portés par des couples masculins et féminins lors de célébrations qui ont lieu dans les champs au début de la saison des cultures, lorsque les résidus et le chaume des moissons des années précédentes sont brûlés ; il arrive qu'en cette occasion, de petits animaux et même parfois des antilopes s'enfuient, pourchassés par les flammes.
Chirstopher Roy
Travailler dans les champs ne suscite que rarement la création artistique, en tout cas chez les fermiers eux-mêmes. Pourtant, en Afrique, l'activité rurale, parfois ritualisée, engendre des oeuvres éxécutées par des sculpteurs qui demeurent également agriculteurs. Tels, dans une grande partie du Mali, notamment chez les Bamanas, les cimiers tyiwara qui ont pour rôle de glorifier le travail de la terre, de stimuler un labeur collectif. Lors de fêtes agraires gérées par des confréries, des porteurs arborent des coiffures en forme d'antilope stylisés représentant l'être légendaire qui leur aurait appris à cultiver. Ils dansent en imitant les pas de l'animal, avec des déplacements rapides sur les talons, sauts, gambades, arrêts brusques pour surveiller une menace possible. Le plus souvent, les cimiers sont sculptés par paires, l'un féminin, l'autre masculin, et ces ornements apparaissent au début de la saison des pluies pour accompagner les cultivateurs aux champs. Lors des récoltes, deux jeunes gens de l'association qui possède de tels cimiers exécutent, avec leurs atouts, des danses pour célébrer le meilleur cultivateur du village. Les masques tyiwara étaient répandus dans tout le Mali sous diverses formes. Ils sont désormais en déclin, en raison des différents facteurs. exode des jeunes, progression de l'islam, et surtout introduction de nouvelles méthodes d'agriculture.